
J’ai tenté, à propos de Marilyn Monroe, un travail de récupération des récits cachés, perdus, écrasés sous les difficiles assignations du patriarcat. Approcher cette «féministe gauchiste», c’est réaliser qu’elle a été - ce que personne ne sait - notoirement proactive contre la ségrégation raciale, la défense des minorités, au risque de sa carrière; et même la seule à oser défier les studios en créant sa propre maison de production 40 ans avant tout le monde, exception faite des pionnières invisibilisées de 1910.
Autrice : Corinne Lellouche https://plus.wikimonde.com/wiki/Corinne_Lellouche
Livres Parus
Ma vie est une œuvre d’art, éditions de la rue de l’Ouest/Hachette, 1990 [16]
200 marches (avec Lou Blic), Jacques-Marie Laffont éditeur, 2004 [18] [19]
Reine Blanche, JM Laffont, 2010[20] [21]
Quitter les mots, éditions Michel de Maule, 2018 [22]
Ne pleure pas chaussette, éditions de la rue de l’Ouest, 2022

Présentation Je suis Marilyn/ Corinne Lellouche
Elle ne voulait pas devenir blonde, elle a abusé des médicaments en raison des douleurs sévères causées par une endométriose, ses règles la pliaient en deux de souffrance.
Comme nous toutes.
Elle a avorté au point de ne plus pouvoir porter d’enfant, elle a osé déclarer qu’elle avait plusieurs fois couché contre la promesse d’une audition dans un pays puritain en diable, au risque de sa carrière; elle n’en avait pas honte, désirant au contraire défendre ses sœurs d’infortune; elle a permis à Ella Fitzgerald, interdite de la salle mythique du Mocambo d’y accéder, et d’y accéder par la grande porte alors que les Noir.es, même célèbres, devaient utiliser un escalier de service; elle s’est engagée pour la défense des minorités, des précaires, au côté des pacifistes, dans un pays qui a employé l’arme nucléaire; elle a défendu son mari, Arthur Miller, pendant la chasse aux sorcières, au risque de sa carrière encore; elle s’est élevée pour la défense des personnes LGBT+, elle fut la première (après les pionnières oubliées de 1910) et la seule à créer sa propre maison de production, « Les Marilyn Monroe Productions », afin de s’opposer à la dictature impitoyable des studios; il fallut attendre 40 ans pour qu’une telle expérience soit à nouveau tentée.
Marilyn, dont l’image continue de générer un revenu annuel estimé par Forbes en 2012 à 27 millions de dollars, ce qui en fait l’icône féminine la plus lucrative de tous les temps; qui, encore aujourd’hui, fait doubler les ventes quand un magazine la met en couverture, que l’on rencontre mille fois par jour, sur l’affiche du 65e Festival de Cannes, dans plus de cent ouvrages en France, qui fait l’objet d’une mémoire et d’un culte aussi vivant qu’inédit, continue à passer pour une idiote, une Dumb blonde comme a écrit et chanté l’intelligente Dolly Parton, manière d’ironiser sur les idiots.
Faites l’expérience, regardez autour de vous, dans cette pièce où vous lisez, vous trouverez, une image, une phrase, une trace de Marilyn.
Non, elle n’était pas responsable des retards sur le plateau des Misfits. John Huston, buveur et joueur invétéré claquait l’argent de la production au fil des jours, lui faisant endosser les pertes dont il était responsable. Cela avec la bénédiction d’Arthur Miller, le « grand écrivain » qui la trompait avec la photographe de plateau Ève Arnold. Il l’a dépeinte en hystérique paumée dans son « grand film », Les Misfits, Les Désaxés.
Elle est devant nos yeux la personne la plus maltraitée et la plus invisibilisée. Je parle de sa personne.Son corps, lui, en a fait la femme la plus photographiée du monde.
Ainsi, concentre-t-elle tous les a priori sur notre genre, y compris l’invisibilisation de notre « personne ». Des êtres à qui l’on ne permet pas d’apprécier le maquillage, les robes éblouissantes, les escarpins, sous peine d’être traitées d’imbéciles.
Aujourd’hui commence à peine (à peine oui) une forme de réhabilitation : « Chaque chose doit resplendir à son heure, et cette heure est celle où des yeux véritables la regardent », a écrit la poète Marina Tsvetaïeva.
On pense à Pauline Oliveros, accordéoniste et compositrice étasunienne légendaire, précurseuse de la musique minimaliste et des musiques électroniques, dont le titre sorti en 1970 : « À Valerie Solanas et Marilyn Monroe, pour reconnaître leur désespoir », réunissait avec justesse les deux résistantes.
À travers Norma Jean, « je » mets en jeu la citoyenne parlante, obsédée par elle depuis l’enfance, ce dont je ne me suis jamais cachée, mais combien j’ai été moquée pour ce tropisme jugé l’une de mes faiblesses; avec l’impression que je n’avais pas les mots pour déconstruire cette supposée « idiotie » qu’on lui colle à la peau.
Une petite orpheline sans ressources, une fillette violée par de vieux dégueulasses dans ses familles d’accueil aurait pu devenir une telle icône sans faire appel à une volonté, une sensibilité, une intelligence hors du commun ? Elle osa évoquer ces abus à une époque où la honte, le tabou retombait sur les victimes, jamais sur leurs agresseurs. Aux journalistes venus la démolir après avoir ébruité qu’elle avait posé nue pour un calendrier, et qui lui demandèrent : « qu’aviez-vous mis pour cette séance ? », elle avait répondu du tac au tac : « la radio ». C’est une réponse d’idiote ça ?
Je suis Marilyn, récit en autofiction, en quête, mêle ses fragments à ceux du siècle, en toute intimité.
Amie, amante, sœur, alliée, exemple, au côté des femmes trans qui l’ont incarnée, je proclame avec une infinie fierté : « Je suis Marilyn ». Comme nous toutes.
Corinne Lellouche
https://plus.wikimonde.com/wiki/Corinne_Lellouche
​
